Ci-après la reprise d'une note publiée par Clémentine Sperry sur le complet.com, qui croque l'organisateur en concours complet...
L’organisateur
Je poursuis mon tour d’horizon des gens du complet, et m’aperçois que certains
sont souvent négligés et restent dans l’ombre : je veux parler des organisateurs. C’est
injuste ! Ils sont quand même un des éléments principaux de notre beau sport (si si,
l’équitation est un sport). Sans eux, pas de concours. Alors avant toutes choses, merci
à vous et à votre dévouement (mais non je fayotte pas !).
Une chose est sûre, l’organisateur est un être de l’ombre. Comme la fourmi, il est
humble et besogneux et court partout, sans arrêt. En une journée de concours,
l’organisateur peut dépenser plus de calories qu’un marathonien aux jeux olympiques.
Car pour être un bon organisateur, il faut soit avoir une solide paire de jambes et de
poumons, soit une moto ( le luxe), soit savoir déléguer ( le grand luxe). A la fois
Nounou, patron, chef d’orchestre, ingénieur informatique, service communication,
ramasseur de barres, conducteur d’engin, chef de piste, bûcheron et coursier,
l’organisateur est un homme aux multiples casquettes, très (trop) nombreuses pour
une seule tête.
Il faut savoir que le rôle de l’organisateur ne commence pas le jour J. Non ! Il y a
beaucoup de sueur dépensée en amont. Cela commence bien avant : les organisateurs
sont des animaux grégaires à l’instinct de migration : L’hiver précédent la saison, on
assiste à des regroupements d’organisateurs en troupeaux, lors de réunions pour fixer
le calendrier. L’idée étant d’éviter de préférence d’avoir 5 concours la même semaine
dans la même région, puis plus rien pendant 6 mois. Comme ça, ça semble assez
évident. Quelle candeur ! Pour des raisons inexpliquées, ils veulent tous le même
week-end. Non pas celui d’avant, Il y a la fête de la betterave musclée dans le village
d’à coté, ce sera dur de trouver des bénévoles. Non pas celui d’après, c’est le mariage
de la cousine par alliance du frère du copain du voisin de la belle soeur. Impossible de
rater ça. Non pas celui d’encore après, c’est celui où il part en vacances (Bon là c’est
de la pure fiction, tout le monde sait que les professionnels du cheval ne partent
jamais en vacances, et surtout pas pendant la saison de concours, mais j’écris
beaucoup d’âneries, je suis plus à une près !). Donc cette réunion de gens civilisés
peut parfois tourner à une soirée à thème « c’est qui qui crie le plus fort ».
Une fois ces petits tracas de calendrier réglés, il faut préparer le susdit concours.
Parce que à ce qu’il paraîtrait, il ne suffirait pas de semer des graines d’obstacles et de
lisses de dressage en hiver pour qu’elles poussent au printemps (dommage). Non : les
obstacles il faut les construire. Pour de vrai. Et pour ça il faut pas mal de choses : des
sous, pour acheter les matériaux nécessaires, des outils (à la lime à ongle et au couteau
à beurre, c’est beaucoup plus long), un chef de piste, pour décider quoi construire
exactement, et des bras, pleins, prêts à se planter allègrement des clous et des échardes
dans les mains. Et tout ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval ( je sais, j’ai
vérifié). L’organisateur doit donc user de son temps pour se fournir toutes ces choses
indispensables. C’est la phase que l’on appelle communément le démarchage
(prononcer léchage de bottes) : celui de partenaires (prononcer sponsors), du chef de
piste (toujours très courtisé) et de tout bénévole potentiel (double léchage de bottes si
il est possesseur d’une tronçonneuse ou d’une usine de clous).
Il y a aussi un travail d’artiste à effectuer, je veux parler de la décoration des
obstacles. En effet, même si le tour est bien construit et le sol excellent, si il n’y a pas
une jolie décoration, les cavaliers risquent de râler (oui, les cavaliers râlent beaucoup).
Il faut donc s’armer de peinture, de pinceaux et éventuellement de fleurs et autres
tuyas. La peinture sert également pour les barres d’hippique. Apparemment les barres
de concours ne viennent pas d’une espèce spéciale d’arbre qui pousse bariolé. En fait
à l’origine, il semblerait que le bois des barres soit d’une triste couleur maronnasse.
C’est encore le travail de l’organisateur de les faire ressembler le plus possible à un
jeu de mikado grâce à des couleurs vives, afin que cavaliers et quadrupèdes puissent
gaiement s‘exercer au jeter de quilles. Tout ça pour qu’au final cette peinture
appliquée avec beaucoup d’amour et de minutie termine par orner les sabots d’un
équidé distrait. « Non il a pas touché l’oxer numéro 3, le vert… de la peinture verte
sur l’antérieur droit ? … c’est curieux, je me demande d’où elle peut venir…
remarque c’est joli, c’est assorti au jaune qu’il y a sur le postérieur… »
Le jour J :
Comment reconnaître un organisateur aguerri mais dépourvu de moto ? C’est
simple, il a les mollets d’un cycliste sous stéroïdes, la voix de Bonnie Tyler après
douze paquets de cigarettes, et l’air épuisé d’un homme dont la femme met 48 heures
à accoucher (72 heures à la fin du week-end). C’est une espèce migratrice et très
difficile à localiser. On peut la trouver aussi bien à la sacro-sainte buvette qu’au
volant d’un tracteur en train de tirer un camion ou bien encore s’agitant
frénétiquement autour d’un ordinateur en psalmodiant des incantations connues de lui
seul « Fichûmachyne ! Melâchepamaintnant ! Et (censuré) illaplanter
pamouaillindeusortirunklassmen . Fôfairkekchose oulékavaliévonralé. Aller, s’il te
plait Georges (car son ordinateur s’appelle Georges) !!!». Parfois cette incantation
suffit, parfois elle s’assorti d’une vigoureuse claque sur la machine en question. Il ne
faut pas en vouloir à l’organisateur. Il est sous pression et vit dans la crainte
perpétuelle des cavaliers. Car si ils viennent le voir avant la fin du concours, c’est soit
pour exprimer leur mécontentement, soit pour tenter de soutirer un apéro gratuit à la
buvette. Et si ils viennent le voir après la fin du concours, c’est soit parce que leur
camion est embourbé, soit pour (mais si, ça arrive !) le féliciter.
Une fois les épreuves de la journée terminées, tout n’est pas fini pour le courageux
organisateur. A l’aide de quelques non moins courageux bénévoles, il va remettre les
fanions pour les cross du lendemain, dans le froid et l’obscurité, armé d’une unique
lampe torche dont l’éclairage vacillant suffit à peine à percer le ténébreux manteau de
la nuit. Ombres parmi les ombres, seuls, isolés, transis, ils ne faillissent cependant pas
et vont au bout de leur tâche sacrée, prêts à se sacrifier pour… (là j’en fais peut être
un peu trop quand même !). Bref, ce que je veux dire, c’est que pendant qu’il y en a
qui prennent un repos bien mérité à la buvette, pour se remettre de leurs émotions ou
pour préparer le lendemain, les organisateurs, eux, vont encore tout fignoler en
profitant qu’il n’y ait pas un de ces fous à cheval. En effet, il semble que pour certains
cavaliers, les bipèdes ne soient qu’une variante de directionnels particulièrement
ardue à négocier. Ceci n’est pas valables pour les cavaliers qui articulent nettement
cette phrase bien connue : « au secours, je suis embarqué !!! ».
Évidemment le dernier soir, il n‘y a plus de fignolage à faire, mais là l’organisateur
a encore une tâche très délicate : il doit vidanger les restes de la buvette. Cette mission
de haute confiance ne peut en aucun cas revenir à quelqu’un d’autre. C’est pour cela
que le dimanche soir on le retrouve épuisé juste à cet endroit, avec quelques bénévoles
particulièrement dévoués. Quand au teint rouge que l’on peut leur remarquer ce soir
là, il est bien évidemment dû aux coups de soleil du week end. Oui, même si il a plu
pendant trois jours et qu’il avait une casquette et un parapluie.
Évidemment, parfois l’organisateur est malin, il délègue. C’est meilleur pour sa
tension mais nettement moins bon pour son cholestérol. En effet, dans ce cas, on le
retrouve à la buvette, devisant gaiement avec les coachs devant une bonne assiette. Il
est alors muni du traditionnel talkie-walkie qui lui permet de prendre des nouvelles de
son équipe et de lui donner ses instructions (prononcer ordres). sans se déplacer, en
particulier de ses commissaires aux obstacles qui sont très éloignés et de plus en train
de grelotter sous la pluie ou de brûler au soleil, selon la saison : « Quoi ? Il y a une
planche de ton obstacle qui a bougé, et il faut la reclouer ? Nan je peux pas venir, je
suis déjà occupé, je vérifie la qualité des frites. Attends J’appelle X » « Ouais, allô
X, faut que t’ailles à l’obstacle 8 remettre des clous. Nan, il veut absolument que ce
soit toi. Nan je peux pas te passer le Quad, je le garde au cas où on m’appelle en
urgence ».
Et après tout ça, à la fin de ces journées épuisantes, le regard dans le vide,
l’organisateur pense déjà à son prochain concours, parce que, quand même, organiser
des concours, c’est drôlement sympa !
A suivre… les bénévoles